Sapphire et Rubyvale

27/08/2009 - Pays : Australie - Imprimer ce message

Je me suis pointé à l’ouverture d’une agence pour louer une voiture. La région que je veux visiter est à une quarantaine de kilomètres d’Emerald. C’est la première fois que je loue une voiture en Australie. Ils m’ont un peu embêté avec mon permis international, mais finalement tout est rentré dans l’ordre. Je me suis vu attribuer une Toyota dernier cri, avec une boite automatique. C’est un problème, je n’en ai jamais utilisé. Comme ils n’ont pas de boite manuelle, j’ai eu droit à une petite formation accélérée.

Le temps est ensoleillé, il fait très chaud comme d’habitude. Les routes ne sont pas très fréquentées, c’est donc très agréable de conduire. Je ne roule pas très vite pour prendre mes marques. Je tourne à droite, à quelques kilomètres de Sapphire. Une voiture me suit sur ma gauche depuis quelques minutes. « Qu’est-ce qu’il fait pourquoi, il ne me double pas et ne se rabat pas ?! ». Finalement, il décide enfin de me dépasser. Le conducteur vocifère en agitant ses bras. « C’est quoi son problème ? Si je roule trop lentement, il n’a qu’à me dépasser ! ». En fin, bon. « Oh putain ! Mais non, qu’est-ce que je raconte ! Je comprends maintenant ». Il n’essayait pas de me dépasser, c’est moi qui roule sur la mauvaise file !! Bin oui, ici, on roule à gauche et le volant est à droite. Alors, à chaque changement de direction, il faut bien faire gaffe qu’on soit toujours sur la bonne file.

Je ne peux pas vraiment dire quand je suis arrivé dans la ville de Sapphire. Cette ville, comme celle de Rubyvale, n’est pas vraiment une ville mais plutôt un hameau de petites cases, de roulottes, d’aires de campings. On ne sait pas où ça commence, où ça finit. Une petite station de service fait aussi office de petit commerce alimentaire. Un bureau de poste assez austère doit servir lien avec l’extérieur. Je n’ai pas vu de mairie, de place centrale, de bâtiments administratifs.

Deux vieux sont attablés dans un petit « boui-boui », un autre me salue de la tête dans son pick-up. J’ai l’impression qu’il y a pas mal de marginaux ici. Des personnes qui sont venus chercher fortune dans le coin, il y a quelques années. Tout le long de la route, on voit des panneaux fleurir : tailleurs de pierres précieuses, place de camping, visite de mines, vente de bijoux, vente d’équipements pour la recherche de pierres … Toute l’activité de la région tourne autour des pierres précieuses. On peut facilement se faire attribuer une parcelle de terre pour déterrer soi-même ses saphirs et autre rubis.

Un panneau m’indique un établissement à Rubyvale, où l’on peut visiter une mine. Je m’y dirige. Je n’avais jamais conduit une voiture japonaise. On a la même impression de robustesse que dans une « Allemande ». Le moteur est souple, mais il lui manque un peu de nervosité. C’est surement dut à la boite automatique. On s’y fait assez rapidement. Un gros avantage, c’est qu’on ne peut pas caler avec une boite automatique : j’ai essayé plusieurs fois, sans jamais parvenir à mes fins …

L’établissement propose à la vente des bijoux ornés de saphir, de visiter une mine désaffectée et de chercher des pierres précieuses. La mine a été réhabilité, il ya 20 ans pour y accueillir des visiteurs. On nous a expliqué rapidement les conditions des mineurs, la qualité géologique de la terre vis-à-vis des saphirs, et d’autres choses. Quand ils rencontrent du granit en creusant, c’est qu’il n’y a plus rien en dessous. Je ne savais pas. Je ne savais pas non plus que le rubis est en fait, un saphir de couleur rouge.

Une partie des visiteurs ont participés à une séance de recherche de saphirs. On a dû payer 10 dollars pour obtenir un seau de terre d’une mine avoisinante. La responsable nous a ensuite expliqué la technique pour trouver des saphirs. Le process est, en gros, le suivant.

On récupère le seau dans lequel se trouve notre amas de terre, qu’on verse dans un tamis (une petite quantité, tout au moins). On remue celui-ci pour enlever le sable, et pour ne garder que les pierres les plus consistantes. Puis vient le moment du lavage, celui que vous avez déjà vu dans les films. C’est assez délicat. Il faut secouer assez fermement le tamis de haut en bas, dans un mouvement régulier. Si le coup de poignet est correct, les saphirs finissent par se concentrer dans la partie centrale du tamis. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas compris l’explication. Il ne reste plus qu’à retourner, rapidement et sèchement le tamis, sur une table. On écarte les pierres externes pour ne garder que celles du centre.

Là vient le moment le plus difficile, mais oh combien plus excitant : chercher et détecter si l’on a des pierres précieuses. On nous a montré comment faire le tri, mais même après cette explication, on a des doutes sur chaque pierre. On a toujours tendance à croire que la moindre vulgaire pierre est précieuse. On doit souvent essuyer les pierres, et la montrer en direction de la lumière du soleil, si elle brille.

En fin de compte, après près d’une heure de travail, j’ai trouvé 10 saphirs dans mon seau. Ne faisant, bien sûr, que quelques millimètres carrés, il n’était pas possible de les tailler. Et donc, selon la responsable, elles n’avaient pas de valeur commerciale. Je n’étais pas vraiment déçu, car je ne m’attendais pas à devenir en riche en venant ici.

J’ai tourné dans les environs pendant quelques temps. Je constate comment pour profiter de ce pays, il vaut mieux avoir une voiture. Je suis entré dans une parcelle de terre pour voir comment un « chercheur de saphirs » se servait d’une de ses machines. Il m’a vu prendre des photos au loin, et m’a fait signe d’approcher. Cela fait quarante ans qu’il fait ce boulot, et qu’il se plait ici. Cela a l’air de lui faire plaisir de discuter avec du monde. Perché toute la journée, du haut de sa machine, il ne voit pas grand monde passer. Son travail consiste à projeter de l’eau sous pression sur un amas de terre venant des environs. Ni plus, ni moins. Cela doit être chiant de faire ça toute une journée. L’eau mélangé avec la terre passe dans un tamis en rotation, d’où je pense, sont séparées les pierres. L’eau, ensuite, retourne dans un petit lac. Ça ne doit pas être très écolo tout ça.

Voilà, je retourne rendre ma Toyota, à Emerald, et puis je vais me relaxer le long du canal …

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